vendredi 9 juin 2017

Quelque coquelicot perdu...

" Je poursuivais jusque sur le talus qui, derrière la haie, montait en pente raide vers les champs, quelque coquelicot perdu, quelques bluets restés paresseusement en arrière, qui le décoraient ça et là de leurs fleurs comme la bordure d’une tapisserie où apparaît clairsement le motif agreste qui triomphera sur le panneau ; rares encore, espacés comme les maisons isolées qui annoncent déjà l’approche d’un village, ils m’annonçaient l’immense étendue où déferlent les blés, où moutonnent les nuages, et la vue d’un seul coquelicot hissant au bout de son cordage et faisant cingler au vent sa flamme rouge, au-dessus de sa bouée graisseuse et noire, me faisait battre le cœur, comme au voyageur qui aperçoit sur une terre basse une première barque échouée que répare un calfat, et s’écrie, avant de l’avoir encore vue : « La Mer ! » Marcel Proust, Du côté de chez Swann, p. 137.
Quelque coquelicot perdu... 50x50, 2017.
Acrylique, pigment, vernis, liant, colle à carrelage, mortier...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire