jeudi 7 juillet 2016

Je ne sens plus que mon corps

Dans le train. Gide prétend (dans La Porte étroite) que vivre ce n'est pas s'abandonner à la vie, mais se restreindre: c'est en passant par la porte étroite que l'on peut parvenir à la vie la plus aiguisée. La porte étroite ! Le contrôle de soi, le sacrifice, la restriction -je les ai toujours pratiqués et tout ce que j'ai gagné, c'est un corps insensible et un intellect qui avait du mal à s'éveiller.
Maintenant j'ai trouvé la chaleur et la sensibilité du corps et, en même temps, j'ai acquis la compréhension, la capacité d'agir, de m'oublier. Mon intellect en a-t-il pâti ? Oui, je l'avoue. J'ai perdu mon équilibre. Je ne sens plus que mon corps, ses fièvres, ses langueurs, ses désirs, et ses manques. Je ne peux plus penser. Mais je trouverai la bonne mesure.
Anaïs Nin, 7 avril 1928, p.1063.



Je ne sens plus que mon corps, 50x50, 2016.
Acrylique, liants, encre, pigments, colle à carrelage, mortier...


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