jeudi 2 mai 2013

Panoramique Rafle 44

Il n'y a pas d'Histoire sans subjectivités ?

Les sources de plus en plus nombreuses ont contrairement à mon a priori de départ brouillé les pistes.
Peu d’éléments de cet attentat, de l'incendie, des représailles qui ont suivi, se recoupent.
Nous sommes sûr qu'il s'agissait bien du 8 mars 1944, que les F.T.P.F ont revendiqué l'attentat, que les Allemands étaient rue Montlosier, qu'il y a eu incendie et que les (ou la ?) grenade(s) ont été lancées de la Poterne. Pour le reste, de l'approximation dans les chiffres voire des contradictions (arrestations, déportations, morts et blessés allemands, nombre de passants victimes des balles allemandes...).
Il semble logique que les témoins n'aient pas vu ou ressenti les mêmes choses. D'une part car cela s'est passé très vite,  d'autre part parce que c'était traumatisant. La mémoire peut déformer à notre insu mais il se peut aussi que chaque sensibilité absorbe différemment de semblables évènements.

Bien qu'en avançant j'ai pu "me faire mon idée" comme on dit, je reste à un stade où je ne peux absolument rien prouver de mes hypothèses ou de mes convictions.
Certaines sources me semblent évidemment plus fiables que d'autres mais en y réfléchissant ce n'est pas la VÉRITÉ que j'ai envie de montrer à Greffon.

Un de mes principaux messages est simple: il n'y a pas d'Histoire sans subjectivités car il n'y a pas d'Histoire sans Homme.
Et les hommes sont faillibles et imparfaits ce qui comporte certes des inconvénients (peut-on croire ce qui est raconté, même de bonne foi ? Y a-t-il des erreurs y compris au sein des musées ou des livres d'Histoire ?...) mais aussi de nombreux avantages, notamment une richesse d’éléments, de points de vue, de ressentis et un intérêt à poursuivre les recherches.

Greffon est plastique.

Au bout de 6 mois, j'ai accumulé un certain nombre de matière écrite mais Greffon reste un évènement visuel et je dois absolument rester lisible.
Le lieu évident m'a toujours semblé la Poterne. Mais quoi faire de toutes ces sources, toutes ces sources qui ensemble apportent contradictions ou confusion ?
Je ne suis pas historienne. Il ne m'appartient pas de définir le vrai du faux, de mettre en avant certains témoignages plutôt que d'autres. Je sais que les gens qui seront interpelés par cet évènement (beaucoup ne le connaissent pas) ou ceux dont il se rappellera à leur mémoire, pourront s'ils le souhaitent se renseigner dessus plus tard. Éliminant la notion de "vrai" et souhaitant mettre en avant justement ce que des historiens ou professeurs pourraient considérer comme faux, incorrect, approximatif voire farfelu, il demeure la multiplication des histoires que j'ai trouvé sur cette histoire pourtant précise.

J'ai donc choisi de reconstruire artificiellement trois déroulements "possibles" de l'attentat de la Poterne, selon les articles.
Trois car cela me semblait à la fois le minimum pour démontrer mon travail et le maximum pour Greffon (des passants qui n'auront certainement pas le temps de lire ou qui pourraient être découragés d'avance par trop de mots).
Trois aussi car il y avait "normalement" 3 grenades, 3 immeubles incendiés, 3 lieux (le parc, la rue Montlosier, les immeubles de la place), 3 modes de représailles (fusillade, déportation, incendie) mais aussi parce que j'ai pu rencontrer 3 témoins.

Je possède à présent 3 formats A4 reprenant des codes colorés identiques par type d'informations et ayant une quantité de mots similaire. Les sources sont entremêlées mais chaque histoire peut se lire seule en demeurant "cohérente".

Je songeais au départ à me placer sur la balustrade de la Poterne mais j'ai préféré faciliter la lecture en la posant à hauteur du regard.
J'ai pensé un temps à construire une colonne ou un objet autour duquel lire les diverses versions mais j'ai finalement choisi de rester sur le lieu, de greffer mon travail à l'espace existant.
Par commodité j'opte pour trois arbres du Parc, faisant face aux anciens immeubles incendiés et menant à la balustrade qui surplombe la rue Montlosier.
3 cadres, un par arbre, seront donc accrochés les 18 et 19 mai prochain, plus une feuille détaillant les sources.

Pourra-t-on croire tout ce qui est écrit, raconté, rapporté, y compris si les informations sont exposées et encadrées de couleur dorée ?

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