mercredi 28 mars 2012

" Où étaient les morts ? "

" Oui, où étaient les morts ? Qu'étaient devenues les centaines, les milliers de générations qui avaient autrefois vécu sur cette terre ? Où étaient leurs amours, leurs souffrances, leurs espoirs, leurs illusions ? Avaient-ils disparu à jamais ? Ou existait-il quelque part des archives où tout était noté pour que le souvenir en demeure ?" 

Isaac Bashevis Singer, Meshugah.

J'avais  recopié certains noms, certaines années. Je pensais aux fonctionnaires qui avaient pris du temps, mis de l'application à écrire à la plume ces listes d'habitants.
Je me disais qu'ils restaient les noms, les âges, les métiers à un moment donné, même si leurs existences nous échappent. Qui ont-ils aimé ? Ont-ils trompé, ont-ils trahi, ont-ils été timides, charmants, aimés, rustres, chanceux ?... Combien de souffrances, combien de bonheurs avaient-ils traversé ?

Et qu'est-ce qu'il restait d'eux vraiment dans le fond, en dehors des archives ?

Je l'ai souvent lu, entendu mais surtout ressenti, cet instant où l'on entre dans une église, dans un château, dans un bâtiment ancien, et où l'on sent imperceptiblement la présence de toutes les personnes qui sont passés avant nous. C'est particulièrement pertinent lorsque des marches sont usées à force de passage, et qu'on empreinte l'exact endroit que ceux d'autrefois piétinaient.

Il restait donc cet invisible, la rue n'étant pas morte, leurs pas, leurs passages sur ce sol, il y a des années...

Les hommes défilent en des existences qui se confrontent aux mêmes joies et aux mêmes horreurs, dans cet ambivalence de l'universalité et d'une vie qui est pourtant totalement unique.

Un peu partout dans Clermont-Ferrand on trouve des plaques en hommage à Blaise Pascal, Vercingétorix, Urbain II.



Les anonymes eux le restent et j'ai à cœur de pouvoir les rendre visibles le temps d'un évènement, même en en sachant si peu d'eux.

Je suis partie sur l'idée des plaques qui a plusieurs avantages:

- coller à l'esprit de celles parcourant déjà la ville
- me permettre d'inscrire les noms et les informations recueillies
- être au sol et offrir aux gens de les lire ou de marcher, de passer dessus, comme les habitants sillonnant la rue autrefois.

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